Séminaire "ÉMI et esprit critique"

Le mercredi 4 décembre, les chefs d'établissement étaient conviés à un séminaire abordant la thématique "ÉMI et esprit critique". Animé par M. Planche et M. Laurent, il a notamment permis de présenter la politique documentaire académique.

Accueil par M. Laurent et M. Planche.

 

Le 23 février 2018, lors du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, un nouveau plan de prévention a été mis en place. Il s’agit de 60 mesures pour « prémunir les esprits contre la radiaclisation » (retrouver le document en ligne). Parmi ces mesures, 10 concernent la formation à l’esprit critique et la formation de manière générale (en savoir plus).

 

Dans les programme, il y a de nombreuses entrées pour travailler l’ÉMI, dans le parcours citoyen ou dans les programmes (EMC, lettres en lycée professionnel).

 

Conseil lecture : l’ouvrage La tentation radicale. Enquête auprès des lycéens (éd. PUF), dans lequel Olivier Galland et Anne Muxel montrent un lien entre l’éducation, l’esprit critique et la prévention à la radicalisation (en savoir plus : https://journals.openedition.org/lectures/24743)

 

L’EMI peut être travaillé avec les élèves selon 3 axes :

  • S’informer,
  • Produire de l’information,
  • Comprendre les médias dans leur fonctionnement global. 

 

L’enseignement de l’EMI peut s’appuyer sur la création d’un média au sein d’un établissement. C’est un enjeu citoyen et démocratique très important.

Tous les professeurs sont concernés, et en particulier le professeur documentaliste qui est “le maître d’oeuvre de l’acquisition, par tous les élèves, d’une culture de l’information et des médias.” (lire la circulaire de missions des professeurs documentalistes : https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=114733) Tous les enseignants doivent s’assurer d’un accès pour chaque élève à un parcours en ÉMI.

 

Cette notion d’esprit critique a été définie notamment par un inspecteur d’histoire (Jérome Grondeux). Il explique que l’esprit critique est une dynamique, cela se travaille tout au long de la vie : “ensemble d'attitudes et par un ensemble de procédés, d'habitudes que l'on prend dans notre manière d'aborder les choses.”

 

Conseil lecture : L. Berger et T. Luckmann reviennent sur la socialisation (et les échecs de la socialisation) dans  La construction sociale de la réalité (éd. A. COlin). Ils reviennent dans cet ouvrage sur les étapes de la socialisation et sur comment les significations données au monde peuvent se construire.

 

 

 

Présentation d'Amandine Kervella, maîtresse de conférences, laboratoire GERiiCO.

 

 

 

Les élèves et les « médias traditionnels » (télévision, radio, périodiques…) : un rapport de plus en plus distant ? Consommation contrastée des médias traditionnels :

  • Certains médias restent très « consommés », comme la télévision (surtout chez les plus jeunes). Parfois, la consommation de la télévision se fait via d’autres plateformes (quid d’une émission télévisée retransmise par youtube ? Cela peut fausser les sondages). 
  • Le rapport à la presse écrite, lui, devient très lointain. Par contre, pour les jeunes, lire le journal devient une pratique assez exceptionnel, surtout lorsqu’il s’agit de « payer le journal ». La presse jeunesse se porte assez bien, mais il existe de grandes différences entre les CSP. La presse quotidienne régionale est encore assez lue, grâce à des pratiques familiales ancrées. Les jeunes n’achètent pas le journal mais le lisent chez les parents, les grands parents…

Il est vrai que les médias traditionnels, les journalistes sont critiqués, mais pas forcément plus par les jeunes. Par contre, les jeunes expliquent s’informer surtout en ligne mais sont sensibilisés aux notions de fiabilité qu’ils expriment très bien.

 

De nouveaux formats se développent, notamment une information très marquée par l’humour. Les jeunes s’informent aussi de plus en plus par l’image (vidéos). 

 

“Les jeunes internautes apprécient particulièrement les actualités leur permettant « d’être à la page » et d’entretenir des conversations avec leurs pairs. Toutefois, ils déclarent dans le même temps faire davantage confiance aux médias traditionnels plutôt qu’aux médias en ligne auxquels ils reprochent notamment une tendance au trivial et au sensationnel, des sujets trop généraux qui résonnent peu avec leur vie quotidienne et un manque d’originalité dans la forme.”

→ Granjon Fabien, Le Foulgoc Aurélien, « Les usages sociaux de l'actualité. L'Expérience médiatique des publics internautes », Réseaux, 2010/2 (n° 160-161), p. 225-253. DOI : 10.3917/res.160.0225. URL : https://www.cairn.info/revue-reseaux-2010-2-page-225.htm 

 

« L’humour permet à la fois de relever et de critiquer les absurdités du monde, de créer un climat propice à la connivence et à la complicité avec son réseau personnel et de négocier avec les dimensions sérieuses des sujets traités et l’image que les individus souhaitent afficher sur leur profil à des fins auto-promotionnelles» (Le Caroff, 2015).

 

Il faut penser aux usage « sociaux » des médias, qui est un critère important pour les jeunes.

 

Il est important de « faire faire » pour que les élèves puissent saisir réellement les enjeux. En effet, les discours des grands médias construisent « l’espace public dominant » ou « la sphère publique globale ». On considère que dans l’espace public, il y a des discours « rivaux » mais aussi des discours « peu » entendus ou « mal » représentés. Il se développe alors des espaces secondaires. Créer des médias avec les élèves, c’est finalement créer un espace secondaire, c’est donner la parole aux jeunes. Avec le numérique, il y a des possibilités pour accéder à un espace public large. 

 

Coralie Le Caroff  docteure en Sciences de l’information et de la communication, spécialiste de la sociologie des médias s’est intéressée à des médias dits « complotistes ». La critique des médias est un point commun qui revient systématiquement : « la logique d’adhésion au complot est complexe et qu’elle procède d’une défiance à l’égard des institutions, des médias et du politique ». 

 

On ne peut pas ne pas critiquer, cela n’aurait pas de sens. Mais il est intéressant d’outiller la critique. 

« L’objectivité n’existe pas. L’honnêteté, oui. » Hubert Beuve-Méry, fondateur et premier directeur du Monde. 

 

Création d’un serious game conçu par l’équipe du laboratoire GERiiCO, avec le studio de création de jeux vidéos Vertical : Newscraft (gratuit, financé sur fonds européens).

Le but est de montrer qu’il existe des lignes éditoriales. Les médias doivent informer mais doivent aussi capter de l’audience (Cf livres Les médias et l’information, l’impossible transparence du discours par Patrick Charaudeau, éd. De Boeck - INA, ou encore La banlieue du 20 heures de Jérôme Berthaut, éd. Casterman.)

 

Il existe une crise des médias, mais cela suscite de la créativité qui peut être source de curiosité et d’éléments positifs : retour de l’investigation, rencontre avec des journalistes plus accessibles qui incarnent le « ils » produisent de l’information.

 

Conseils lecture : 

 

Intervention de Sophie Van Ommeslaeghe, chargée de mission pour l'inspection EVS.

 

 

 

Table ronde : projets, séquences, séances.

 

  • À qui profite l'infox ? Régis Deteuf en partenariat avec M. Crézé, professeur de Sciences Économiques et Sociales. 

Régis Deteuf, professeur documentaliste au Lycée Carnot de Bruay-la-Buissière, a proposé à ses élèves de 1ES une enquête sur la thématique "à qui profite l'infox ?" Les élèves ont travaillé en groupes pour démonter des info et réaliser des affiches explicatives et ainsi une exposition au CDI. 

 

 

 

  • Aborder les vidéos complotistes avec le film "le ciel attendra". Mélanie Serret.

Depuis plusieurs années, l'équipe pédagogique du LPO Giraux Sannier s'implique dans des projets liés à l'ÉMI. Il peut s'agir de dispositifs proposés par le CLÉMI (City-reporters, Graines de reporters scientifiques, C'était mieux avant...) mais aussi de séquences/séances proposées aux élèves. La séance présentée a été élaborée dans un cadre particulier : la Communauté d'Agglomération du Boulonnais finançait à chaque élève de seconde une place de cinéma pour visionner le film "le ciel attendra", qui aborde le phénomène de radicalisation. Des enseignants ont vu le film en amont et certaines scènes ont suscité un questionnement (notamment une scène où la jeune fille qui se radicalise montre des vidéos complotistes à ses camarades. On en voit juste assez pour piquer la curiosité des élèves, qui trouveraient très facilement ces vidéos sur Youtube). Nous avons alors monté une séance, qui est aujourd'hui proposée en EMC. Cette séance est composée de plusieurs temps :

  • Lancement avec une image du test de Rorschach (merci à Julien Tesnière pour cette bonne idée) : chaque élève doit exprimer ce qu'il voit. Le but étant d'exprimer le fait que si quelqu'un explique ce qu'il voit, les autres le voient aussi.
  • Travail à partir de la vidéo "le complot chat",
  • Lexique à partir des vidéos "les clés des médias",
  • Visionnage de la vidéo montrée dans le film. Retour sur l'activité de lancement pour dédramatiser et essayer de trouver une autre version de l'image.
 

 

 

 

 

 

 

 

  •  Présentation d'une classe média. Mathieu Asseman. 

 

 

  • Mise en place d'un projet radio. Emilie Grossemy et Sidonie Hadoux.

Le projet est né d'un partenariat dans le cadre d'un CLEA (Contrat Local d'Éducation Artistique) : "Autour de [Migrations et Frontières]". Sidonie Hadoux, journaliste, est intervenue à plusieurs reprises au Collège Rabelais d'Hénin Beaumont. Il s'agissait de faire manier l'information aux élèves afin qu'ils collaborent et s'engagent dans la production/diffusion d’une information « déontologique ». Cela a permis également, pour l'équipe pédagogique, d'initier une complémentarité des équipes. Le projet a été mené en trois étapes :

  • Réfléchir et « désensibiliser »,
  • Enquêter, interviewer : la mise en place d’une « vraie rédac’»,
  • « Manier l’info »: Restituer et informer.

Des outils ont facilité le travail, notamment la mise en place d'un padlet

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  • Intervention d'Anne Lefèvre, directrice Éducation aux médias à l'ESJ de Lille.

Présentation des actions EMI menées par l'ESJ en direction des collégiens et lycéens http://esj-lille.fr/les-ateliers-medias-pour-les-scolaires/

 

 

Des exemples de parcours ÉMI.

 

  • Un exemple au collège Levi-Strauss de Lille, par Agathe Vuattier-Dujardin :

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Cliquer sur les images pour en savoir plus !

 

  • Un exemple au collège Camus de Lumbres, par Ludivine Chavain : 

 

 

  • Un exemple en lycée professionnel, par Audrey Callebaut :

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Cliquez sur l'image pour voir l'infographie complète.

 

  •  Un parcours au lycée polyvalent Branly de Boulogne-sur-Mer :

 

 

Projet de politique documentaire académique. 

Retrouvez la politique documentaire académique présentée par M. Franck Laurent, IA-IPR EVS sur le site académique des professeurs documentalistes : http://profdoc.discipline.ac-lille.fr/sinformer/cadre-institutionnel/politique-academique-1#autotoc-item-autotoc-1