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Conférence IFE 2016 "Lire, Comprendre, Apprendre"

"Notre collègue Hélène Le Fur, professeure-documentaliste au lycée Marguerite de Flandre de Gondecourt a participé à la conférence de consensus (CDC) organisée en mars 2016 par le CNESCO et l'IFÉ à Lyon sur le thème « Lire / comprendre / apprendre, comment soutenir le développement des compétences en lecture ? ». Elle nous en livre ici un compte-rendu, ainsi que la réflexion personnelle que cet événement a suscité en terme de pratique professionnelle."

Paru sur le site du Café pédagogique, l'appel de l'IFÉ pour participer au jury de cette CDC et son sujet m'ont de suite interpellée. Pour information, une conférence de consensus est un dispositif réunissant des professionnels et des membres de la société civile pour travailler sur un corpus de textes scientifiques afin d'en dégager, à l'intention des décideurs, un certain nombre de préconisations réalistes. Son objectif est double : être une passerelle entre le monde la recherche et les praticiens et agir comme levier pour amorcer des changements dans le monde éducatif. Les dix-sept membres du jury de l'édition 2016, constitué de parents d'élèves, de personnels du premier et du second degré (dont trois professeurs-documentalistes), de formateurs de ESPE, de personnels de direction et d'inspection, ont travaillé sous la houlette de Jean-Emile Gombert, professeur émérite en psychologie cognitive des apprentissages et Président honoraire de l'Université de Rennes II. Durant cinq jours, nous avons lu et travaillé les textes proposés et qui émanaient de nombreuses personnalités (chercheurs-formateurs et/ou Inspecteurs Généraux) toutes spécialistes de la question de la lecture. Dans un deuxième temps, nous avons rencontré toutes ces personnalités pour leur faire part de nos questions et réflexions, pour ensuite, dans un troisième et dernier temps du travail, formuler nos préconisations. Il y en a 47. Elles ont toutes été transmises à Madame la Ministre, Najat Vallaud-Belkacem en avril 2016.

A l'origine de l'organisation de cette CDC[1] , le constat unanime de plusieurs études internationales: les performances en lecture des élèves français se dégradent ces dernières années. Selon une étude la DEPP[2], 39% des élèves quittant l'école primaire ont des difficultés de lecture et à la fin du collège ; 37% des élèves ont un niveau insuffisant selon l'enquête PISA[3]. Si l'on affine ce constat, l'ont peut dire que les enfants d'aujourd'hui accèdent aussi bien qu'avant à la compréhension de textes simples. Toutefois, le niveau en vocabulaire s'appauvrit, l'orthographe et la syntaxe sont fragiles et la compréhension de textes plus complexes est faible. Autrement dit, ils savent toujours lire, mais ne comprennent pas (autant que nous le pensons, autant que nous l'attendons), ce qu'ils lisent que ce soit dans leur manuel, dans un journal ou dans un livre documentaire) ; la lecture comme élément d'apprentissage (lire pour apprendre), ne va plus de soi. Notons que ce décrochage en terme de compétence est fortement corrélé au milieu social, ce n'est pas vraiment un nouveauté, malheureusement.

Voici les préconisations, qui au terme des échanges, ont fait consensus entre les 17 membres du jury :

  • la littératie doit être acquise par tous ; il s'agit de réaffirmer comme une nécessité absolue le fait que comprendre et utiliser une information écrite de la vie courante soit acquis par chacun à l'école. Cette priorité garantira que l'illettrisme est limité.
  • il faut sensibiliser le monde enseignant aux différentes dimensions de la lecture, en nouant de façon plus étroite la maîtrise des outils de fonctionnement de la langue (association phonèmes/graphèmes, syntaxe, grammaire, lexique), le sens des textes, le plaisir de lire et la pertinence de varier les supports.
  • il faut inscrire le principe de continuité de l'apprentissage de la lecture de l'école maternelle jusqu'à la fin du collège.
  • il est nécessaire de se pencher de façon beaucoup plus précisé sur les mécanismes et les stratégies de lecture afin de les rendre plus explicites.
  • les parents doivent être associés aux activités ayant trait à la lecture (apprentissage initial puis activités de pratique)
  • le « comment les élèves apprennent à lire » doit faire partie des maquettes de formation continue des enseignants du 1er et du 2nd degré.

Le Jury a formulé ses préconisations ; de ces recommandations (dont le détail est consultable dans le compte-rendu de l' IFÉ disponible dans la bibliographie), je retiens celles qui suivent et qu'on pourrait présenter comme des invitations à prendre le temps de

  1. travailler l'identification des mots en lien avec l'écriture et la lecture à voix haute.
  2. nous attarder sur la compréhension. Trop d'élèves sont incapables de restituer ce qu'ils comprennent d'un texte qu'ils viennent de lire, en tout cas, il convient de s'en assurer. Il faut enseigner le vocabulaire, faire le lien entre le texte et les connaissances des élèves, mais aussi faire de la compréhension un sujet de débat, de discussion dans les classes et pas seulement en classe de français.
  3. préparer  l'entrée en « littérature ». Les différents types de textes (bandes dessinées, mangas, romans graphiques etc) doivent être abordés avec le souci de voir ce qui fait plaisir et celui de donner les outils langagiers permettant de verbaliser ce plaisir et l'effet du texte sur soi. La classe peut devenir une chambre d'échos des textes : la littérature ne s'enseigne pas seulement, elle se partage !
  4. de mettre l'accent sur le fait que lire sert à apprendre ; or la lecture des supports complexes que sont les manuels scolaires et les livres documentaires n'est jamais enseignée. Elle ne va pourtant pas de soi. Tous les élèves ne sont pas capables spontanément de repérer l'organisation de ces supports écrits, de distinguer une information pertinente d'une information non pertinente. Se rajoute à cette complexité, une autre difficulté dans le fait que chaque discipline a son langage propre, pas seulement en terme de formulation des consignes (la définition de la problématique par exemple varie selon les disciplines), ce « compartimentage » disciplinaire constitue un obstacle dont on ne peut plus attendre qu'il soit franchi spontanément par tous les élèves.
  5. d'apprendre à lire le numérique. Cette lecture requiert des habiletés complexes que l'école doit enseigner. Les enseignants doivent donc y être formés et doivent demander à l'être.

Cette Conférence De Consensus donne, selon moi, « naturellement », du grain à moudre aux professeurs-documentalistes. En effet, comment enseigner la recherche documentaire quand les textes cherchés et trouvés, ne sont pas lus ou le sont mal. Recherche et exploitation des ressources ne peuvent plus continuer, à la lumière des constats mis en avant par la CDC de 2016, à être dissociées. Si nous accompagnons les élèves dans leurs recherches, si nous les incitons à explorer les richesses de la bibliothèque que le CDI représente, il convient, plus systématiquement ?, de proposer, en parallèle, des outils pour vérifier que la lecture, que les lectures, sont faites et bien faites. Développer une expertise en la matière semble une évolution du métier pertinente qui remettrait la lecture au cœur de notre quotidien professionnel (en commençant par se poser une question aussi bête que cela : est-il « possible » de lire dans le CDI? ou bien la multiplicité des missions, la superposition des tâches, ne conduisent-elles pas à produire des lieux trop bruyants pour que cette activité ne soit pas empêchée voire impossible !)

Il ne s'agit pas de devenir l'enseignant à qui on délègue tous les élèves ayant des problèmes avec l'écrit, mais plutôt d'être, dans un premier temps, l'activateur d'une prise de conscience par tous, que le sujet est central. Puis, dans un deuxième temps, il s'agit d'être une force de propositions concrètes, adaptées, avec le souci de se placer, de se re-placer, à l'intersection des différentes disciplines. En espérant que ce champ de compétences, remis sur le devant de la scène,  trouve, bonne place dans la pratique d'un métier en constante redéfinition.

Pour aller plus loin

 

 

[1]Qui faisait suite à une précédente  CDC, présidée par Antoine Prost en 2003 sur l'enseignement de la lecture à l'école primaire.

[2]Étude CEDRE (cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon ) 2009. Plus d'information sur le site du ministère : http://www.education.gouv.fr/cid57052/cedre-2003-2009-2015-%E2%80%93-maitrise-langue-fin-ecole-ecart-creuse-entre-filles-garcons.html (consulté le 1/12/16)

[3]Enquête PISA 2012 (Ce que les élèves de 15 ans savent et ce qu'ils peuvent faire avec ce qu'ils savent)

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